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Carouge: le charme impertinent

D’un côté, il y a Genève, de l’autre il y a Carouge. Au milieu, coule l’Arve, une rivière aux flots parfois tumultueux qui prend sa source au pied du Mont-Blanc. Le bâti ne s’interrompt pas entre les deux cités et pourtant, en passant d’une rive à l’autre, on semble changer radicalement d’univers.


Carouge: le charme impertinent
Créée de toutes pièces durant la seconde moitié du 18ème siècle par les architectes turinois sur l'ordre du roi Victor-Amédée III, roi de Piémont-Sardaigne, descendant des Ducs de Savoie et prédécesseur des futurs rois d'Italie, Carouge présente une harmonie et une unité architecturales proches de la perfection.

La petite ville, qui dénombre aujourd'hui environ 20'000 habitants, est reconnaissable à ses maisons à un ou deux étages, dont certaines comprennent des échoppes d'artisans ou des arcades commerçantes. Côté rue, les maisons s'alignent le long d'axes orthogonaux tandis qu'elles s'agrémentent de jardins côté cours. Une caractéristique à l'origine du charme si particulier de Carouge.

Une Cité marginale et tolérante

Carouge est élevée au rang de ville royale en 1786 par les souverains catholiques du royaume, avec un but clairement offensif : concurrencer Genève après la déclaration de son indépendance suite à la défaite de la Savoie lors de l’Escalade en 1602 et le Traité de Turin en 1603.

Le hameau, qui compte alors 17 maisons, se métamorphose rapidement en une petite ville à l'architecture extraordinairement moderne. Les péages sur le sol de la Savoie sont abolis pour inciter les marchands à rester à Carouge au lieu de franchir l'Arve et de s'acquitter d'un péage à Genève.

La ville se caractérise par une tolérance religieuse avant-gardiste, permettant notamment l'installation d'une importante colonie juive et d'une synagogue et en autorisant un pasteur protestant à exercer son ministère à Carouge alors que la ville était catholique. Un vent de liberté qui incite bon nombre de protestants - soumis aux austères règles du "Consistoire", véritable tribunal chargé de régler toutes les questions de foi et de mœurs - à se rendre à Carouge pour danser et boire à leur soif, choses interdites de l'autre côté de l'Arve.

La Révolution française vient mettre un terme à l'expansion. La Cité sarde devient chef-lieu du Département du Mont-Blanc et rejoint, suite à la décision du Congrès de Vienne en 1815, les 36 Communes Réunies rattachées au Canton de Genève, Une décision qui n'a pas eu l'heur de plaire aux Carougeois - toujours fidèles à leur Roi - qui ont longtemps manifesté leur mécontentement en fermant leurs fenêtres le jour de la célébration nationale suisse.

Aujourd'hui, le sens de la fête est revenu aux habitants de la Cité sarde. De Carouge La Catholique, il subsiste une joie de vivre et une convivialité que le nombre élevé de cafés et de restaurants ne viendra pas contredire.

Texte et photo © Christine Ansermet



Genève - Ville | Carouge





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