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Château de Fléchères : un château aux mille vies


En plein cœur de la Dombes, au milieu d’un parc de 40 hectares, un chef-d’œuvre d’architecture du 17e siècle, à l’histoire rocambolesque et aux fresques exceptionnelles mises à jour récemment. Découverte.
 

Une histoire qui ne manque pas de piquant

Situé à un emplacement stratégique qui permettait le contrôle de la descente à la Saône, le site de Fléchères semble avoir abrité un camp romain et, dès le 12e siècle, un château fort.

En 1606, Jean Sève, calviniste réfugié à Genève après avoir échappé à la Saint Barthélémy en 1572 et qui joua un rôle déterminant dans le retour de Lyon sous l’autorité d’Henri IV, acheta la seigneurie de Fléchères à des nobles protestants, eux-mêmes partis s’établir à Genève.

Promu trésorier de France avant de devenir, plus tard, échevin et prévôt des marchands, il fut anobli pour ses fonctions. Pour conforter son statut, il fit construire d’un seul jet le château de Fléchères de 1606 à 1625

La taille inhabituelle du bâtiment pour l’époque ainsi que les références au Moyen Age – remparts, fossés, tour d’angle, pont-levis – devaient également donner une patine supplémentaire à la famille de Sève qui revendiquait son appartenance à la lignée des marquis de Seva, une famille de la noblesse piémontaise remontant au 13e siècle.

Château de Fléchères : un château aux mille vies
Autre particularité : le bâtiment fut construit de sorte à abriter un temple calviniste de 250m2 au troisième étage et de limiter les parties d’habitation aux ailes latérales et aux tours.

Le château, peu avant la révolution, dont il n’eut par ailleurs pas trop à souffrir, passa, par alliance, de la famille de Sève à celle de Sarron et ensuite à celle de la Ferrière.

En 1972, il devint le repère de l’un des membres du Gang des Lyonnais, Johanny Clavel, qui entreprit d’importants travaux de restauration.

Laissé quasiment à l’abandon au début des années 1980, le château subit de nombreux vols, dont une partie du parquet retrouvé entretemps, avant d’être classé d’office par le Ministère de la culture.

En 1998,  Marc Simonet-Lenglart et Pierre-Albert Almendros, deux passionnés de belles demeures, rachètent Fléchères avant de se lancer dans un  processus de rénovation de longue haleine.

Les fresques de Pietro Ricchi

Outre un témoignage exceptionnel sur la vie des grands notables lyonnais au 17e siècle, Fléchères abrite les fresques du peintre Pietro Ricchi, originaire de Lucques en Italie. Formé sur les grands chantiers de Florence, l’artiste italien est venu tenter sa chance à Lyon où de nombreux marchands et banquiers lucquois s’étaient établis.

En 1632, il passa un an à Fléchères pour peindre « à fresque » la totalité des salles, à l’exception du temple. Jean Sève a sans doute recouru à un artiste italien et choisi une technique très fréquente en Italie mais rare en France, pour conforter l’origine italienne de sa famille. Hormis les décors du château de Fléchères et de ceux de Bagnols dans le Rhône, rien n’est parvenu jusqu’à nous des œuvres de l’artiste italien effectués lors de son séjour de quatre ans en Provence, à Lyon et à Paris.

Un trésor sous le plâtre

Les fresques ont été retrouvées sous des couches de plâtre, des boiseries ou du papier à fleurs des années 1950. Chaque pièce a nécessité plusieurs années de rénovation et le résultat est à la hauteur des efforts consentis. Les fresques révèlent tout un pan de l’histoire du propriétaire de l’époque, Jean Sève, en rapport avec les événements qu’il avait vécu.

La chambre des parades présente tout autour de la pièce des soldats pour rappeler que Jean Sève avait été l’un des chefs de l’émeute qui ramena Lyon sous l’autorité d’Henri IV.

Dans la chambre d’Hercule, le héros grec, présenté dans différentes postures aussi glorieuses qu’offensives, a emprunté les traits d’Henri IV. Les ancêtres maternels du souverain, les Albrets, prétendaient en effet descendre de cette figure à la puissance légendaire. Il représentait également l’image de l’homme qui accepte les épreuves, son combat contre l’hydre pouvant être interprété, pour l’occasion, comme  la lutte du chrétien contre les péchés, des protestants contre la Ligue catholique ou d’Henri IV contre les guerres civiles.

La chambre des vertus présente les quatre vertus cardinales – justice, force, tempérance et prudence – symbolisées par autant de jeunes filles.

Les colonnes torses qui les entourent rappellent celles qui ornaient l’arc de triomphe érigé lors de la fête organisée en l’honneur d’Henri II en 1552.

A ne pas manquer, la salle des perspectives qui présente les architectures selon une technique déjà fréquente à l’époque en Italie mais encore rare en France. 

Pietro Ricchi s’éloigne toutefois des modèles italiens pour s’inspirer des gravures hollandaises de Vredeman de Vries et évoquer l’entrée solennelle du roi Henri II à Lyon en 1552.

Un décor de cinéma

Outre les fresques, le château de Fléchères présente encore d’autres curiosités qui méritent la visite, comme par exemple les boiseries de style rocaille du salon bleu, œuvre du menuisier lyonnais Philibert Lonbois, vers 1750 ou encore l’escalier « vide à la moderne » qui, construit aux alentours de 1620, est certainement l’un des plus anciens de France à se distinguer des escaliers médiévaux à vis par son  vide central.

Ce décor n’a pas manqué d’inspirer les réalisateurs, dont Philippe de Broca qui a tourné, en 1968, à Fléchères « Le Diable par la queue », une comédie qui raconte l’histoire d’un truand réfugié dans le château et qui y abritait son butin. Coïncidence amusante : quatre ans après le tournage, Joanny Chavel fut pendant quelques mois le propriétaire du château avant de disparaître mystérieusement. Sa part du hold-up de la poste de Strasbourg, soit 11 millions de francs en 1971, a disparu avec lui. Il a suscité la convoitise de quelques chercheurs de trésor qui ont défoncé quelques planchers et murs du château au cours des années 1980.

En 2009, c’est la marquise des ombres, célèbre empoisonneuse du temps de Louis XIV,  qui s’est réincarnée sous les traits d’Anne Parillaud dans un téléfilm co-produit par France 2.

Plus d'informations: Château de Flechères

Texte et photos © Christine Ansermet
 

Dombes et Saône





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