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Cristallerie de Baccarat : visite à la manufacture

«Dérivé du grec krustallos, morceau de glace, le mot cristal désigne le cristal de roche, et par extension une qualité de verre extraordinairement pur et transparent. Seul peut être qualifié de cristal un verre dont l’indice de réfraction est égal ou supérieur à 1,545 et qui contient 24% d’oxyde de plomb», indique la documentation qui nous est remise lors de notre visite à la manufacture de Baccarat.


La recette du cristal

Four à pots en fonction depuis 1925
Four à pots en fonction depuis 1925
Si chaque maison se réclame de ses propres secrets de fabrication, la recette pour fabriquer la précieuse matière est globalement toujours la même : trois parts de silice (un sable très pur et blanc), deux parts d’oxyde de plomb (appelé aussi minium), une part de carbonate de potassium (un minéral alcalin blanc, utilisé de préférence à la soude pour le brillant qu’il apporte au cristal) et trois parts de groisil (du cristal refondu issu de la casse des pièces refusées) et « quelques autres substances » sur lesquelles on n’en saura pas plus, secret de fabrication oblige.

La manufacture de Baccarat est aujourd’hui une cristallerie mais il n’en a pas toujours été ainsi. En 1764, lorsqu’elle fut fondée par Louis de Montmorency-Laval, alors évêque de Metz, pour sauver une population menacée par la misère suite à l’arrêt de l’exploitation d’un domaine forestier, elle n’était en effet qu’une simple verrerie.

Si on trouve quelques objets en verre contenant du plomb datant de l’Antiquité, tels que le fameux vase romain Portland, la production de cristal à large échelle remonte à la fin du 17ème siècle. C'est à Sir George Ravenscroft, propriétaire d’une verrerie en Grande-Bretagne,que l'on attribue l'initiative d’avoir intégré de l’oxyde de plomb dans le processus de fabrication du verre pour notamment réduire l’apparition de bulles d’air au moment de la fusion. L’idée a ensuite fait son chemin et Baccarat devint à son tour, en 1816, une cristallerie sous l’impulsion du maître verrier Aimé Gabriel d’Artigues.

Quinze ans pour devenir verrier

Cristallerie de Baccarat : visite à la manufacture
«On dit qu’il faut 15 ans pour devenir verrier », nous indique Christine Henissart, responsable du château et du musée de la manufacture de Baccarat. Une décennie et demie pour dompter et apprivoiser le processus de fabrication : avec l’aide d’un «gamin», on «cueille» au moyen d’une canne métallique le cristal chauffé à 1250 degrés dans un creuset en argile placé dans un four. Le cristal en fusion est tourné, en permanence, afin de contrer l’effet de la pesanteur. Sous des carrures de déménageurs, les verriers, qui portent à bout de bras la matière en fusion, effectuent un ballet subtil et précis, décrivant une chorégraphie parfaitement maîtrisée où chaque faux pas pourrait conduire à la catastrophe. La masse vitreuse est façonnée alors qu’elle refroidit au contact de l’air. «En-dessous de 600 degrés, il est impossible de modeler le cristal», précise Christine Henissart.

Un travail artisanal de haute précision

On souffle pour former une boule «la paraison» et on roule la boule sur le marbre en continuant à souffler doucement. La forme est ensuite affinée par des outils rudimentaires : palette de bois, compas, ciseaux, pontil. Le résultat de ce travail entièrement manuel est bluffant de précision et de perfection.

Fabrication de branches de lustres torsadées
Fabrication de branches de lustres torsadées
Les verriers ne suivent pour la plupart aucun plan de fabrication : ils se laissent guider par leur seule intuition nourrie par leur expérience de l’interaction de la matière et de la forme.Baccarat est fière de compter dans ses rangs 25 MOF (Meilleur Ouvrier de France). Ce sont d’ailleurs à eux que sont confiées les pièces les plus complexes, comme les fameuses branches de lustres torsadées qui nécessitent le concours de deux personnes.

Une fois façonnées, les pièces quittent les «ateliers à chaud». Elles sont déposées sur un tapis roulant très lent et franchissent des paliers de températures décroissantes qui vont les rendre résistantes au choc. Acheminées vers les «ateliers à froid», dont notamment la «taillerie», elles sont débarrassées des traces laissées par le pontil. Elles pourront ensuite être gravées, à la roue, selon la technique traditionnelle de gravure importée de Bohême en 1839 ou doré en relief avec un mélange de poudre d’or et de liant appliqué au pinceau sur un émail mat recuit.

Une machine de 1865 toujours en fonctionnement

En plus du four à pots installé au milieu de la «halle à chaud» qui n’a jamais cessé de fonctionner depuis 1925, Baccarat abrite une autre pièce exceptionnelle créée en 1865 et actionnée selon le principe du métier Jacquart. Sa plus grande particularité, outre de fonctionner toujours parfaitement, est d’être un composant essentiel de la gravure à l’acide qui permet notamment de créer des décors d’arabesque.

Cristallerie de Baccarat : visite à la manufacture
Ce patrimoine industriel issu du 19ème siècle pourrait toutefois être amené à disparaître dans un avenir relativement proche. La nécessité de vivre avec son temps a en effet incité le propriétaire de la manufacture, le fonds d’investissement américain Starwood Capital qui a racheté en 2005 le groupe Taittinger dans lequel figurait Baccarat, à investir 8,6 millions d’euros dans un four de nouvelle génération capable de produire jusqu’à 14 tonnes de cristal par jour. Cet investissement sans précédent pour Baccarat doit notamment permettre à la manufacture de fabriquer plus efficacement du cristal coloré, une rationalisation permise par les nouvelles technologies inhérentes à la nouvelle installation dont l’exploitation démarrera au printemps 2013. Une bonne nouvelle pour Baccarat qui devrait voir ainsi son avenir assuré mais qui ne restera certainement pas sans effets sur les méthodes de production dont on peut attendre de profonds bouleversements.

Texte et photos: © Christine Ansermet

Sur Internet: Site web de Baccarat  (la cristallerie n'est pas ouverte au public)

Pour organiser son séjour à Baccarat: Office de Tourisme de Baccarat

A ne pas manquer, l'exposition «Taillé sur mesure» qui prendra place dans la Chapelle de Baccarat en juin 2013

Baccarat | Moselle





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