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Le musée Soulages à Rodez, pôle d’actualité des arts en mouvement

Le musée Soulages, inauguré le 30 mai 2014 par le président de la République François Hollande, avait déjà attiré à mi-juin 15'000 visiteurs ! Seul musée consacré à un artiste de son vivant, Rodez rend hommage à un enfant du pays, Pierre Soulages, chantre du noir, ambassadeur de l’Aveyron et de la création en France.


© Cédric Méravilles- Photothèque du Grand Rodez
© Cédric Méravilles- Photothèque du Grand Rodez
« Lorsque je reviens à Rodez, je me sens appartenir aux habitants de ce pays, ces paysans apparemment rugueux, mais très raffinés ». Rodez a ouvert ses portes à Pierre Soulages et un musée lui est consacré qui porte le nom de ce grand artiste de renom, peintre de l’abstraction, réputé tant en France qu’à l’étranger.

Enfance à Rodez

© Fritz Pitz Pierre Soulages (1999)
© Fritz Pitz Pierre Soulages (1999)
Pierre Soulages, peintre contemporain célébré internationalement, est né à Rodez le 24 décembre  1919. Il grandit rue Combarel – non loin de « son » musée – au cœur d’un quartier d’artisans.

Son père est carrossier pour voitures à cheval et le futur peintre sera toujours intéressé par le savoir-faire des artisans, des matériaux...

Le jeune Pierre apprécie sa région et montre une certaine fascination pour la préhistoire et pour les statues-menhirs du musée Fenaille de Rodez.

Son parcours artistique est marqué par l’influence de rencontres faites enfant. Il parle volontiers des paysages de l’Aveyron, des arbres dénudés des causses : « Ce que j’aime le plus en Aveyron, ce sont les grands plateaux déserts des grands Causses et de l’Aubrac. Bien sûr, il y a de riantes vallées, mais, enfant, je ne voulais pas les voir. J’aimais les déserts, les roches égarées ». C’est tout jeune que Pierre Soulages a déclaré que l’art serait la chose la plus importante de sa vie et que la seule chose qui comptait pour lui était la peinture.


Le parcours de l’artiste

En 1937, il est reçu à l’école des Beaux-arts de Paris, refuse d’y entrer et revient à Rodez. Mobilisé en 1940, il s’installe à Montpellier avec sa femme Colette Llaurens, qu’il épouse en 1942. Puis il emménage à Courbevoie et se consacre exclusivement à son art. Soulages participe alors à des expositions à travers l’Europe et rencontre le public avec la série de peintures sur papier des Brous de noix, compositions sculpturales ou biomorphes. Première exposition personnelle à Paris, en 1949, suivie d'expositions de groupe à New York, Sao Paulo, Londres et Copenhague.

En 1952, il réalise ses premières eaux-fortes. 1960 : première rétrospective dans les musées de Hanovre, Zurich, La Haye. 1979 sera le début de sa période de l’Outrenoir. L’artiste invente l’Outrenoir, toile unique ou assemblée en polyptique intégralement recouverte de noir, lisse ou brillante, scarifiée ou en relief de grand format, dont l’accrochage se joue parfois sur des câbles tendus : « Outrenoir désigne un autre pays, un autre champ mental que celui du simple noir ». Les reflets de la lumière sur la surface peinte lui confèrent une présence, génèrent un face-à-face avec le spectateur.
 
Soulages est dès lors connu pour la domination du noir sous différentes formes dans ses peintures, en alliance avec la lumière. Mais il use aussi d’autres pigments, les rouges « de Mars », les bruns, les bleus, travaille avec des pinceaux larges de peintre en bâtiment, détourne des outils de leur fonction première et en fabrique de nouveaux. En 2010, sa rétrospective au Centre Pompidou à Paris a attiré plus de 500’000 visiteurs.

Une collection imposante

Le musée Soulages à Rodez, pôle d’actualité des arts en mouvement
En 2005, Pierre Soulages et son épouse Colette accordent une première donation exceptionnelle de 500 pièces à la Communauté d’agglomération du Grand Rodez : toute l’œuvre imprimé, les travaux préparatoires aux vitraux de Conques, des peintures sur toile et sur papier (dont les Brous de noix), des films, des photos, de la correspondance...
 
En 2012, une deuxième donation constituée de 14 peintures sur toile datées de 1946 à 1948, et un précieux polyptique Outerenoir de 1986. Le jury présidé par Paul Chemetov, architecte et urbaniste français, choisit l’équipe catalane RCR Arquitectes pour construire le musée Soulages à Rodez. Selon le souhait de l’artiste, ce bâtiment devra être de type inhabituel afin de « mettre en évidence le processus de la création artistique ».
 
Pierre Soulages a voulu un musée qui ne soit pas figé et qui ne lui soit pas exclusivement dédié, qui  accueillerait donc d’autres expositions. Le musée est construit dans le parc du Foirail, en contrebas de la cathédrale Notre-Dame et non loin de la maison natale du peintre. Conçu comme « un musée dans un jardin », implanté sur un talus, avec vues sur le plateau de l'Aubrac, l’ensemble de 6’500 m2 prend la forme d'un long socle duquel émergent des volumes monolithiques couverts d’acier Corten utilisé pour son aspect et sa résistance aux conditions atmosphériques, en communion avec la nature. Le musée Soulages est le réceptacle d’œuvres rares et fragiles, en particulier les papiers peu montrés qui feront l’objet de rotations régulières en salles.

Peintre du noir et de la lumière

A l’intérieur, l’acier gris irisé domine. Le premier niveau abrite l’administration, la documentation, un atelier pour enfants, un auditorium de 80 places. De larges baies vitrées permettent d’admirer le  panorama. Une salle est réservée aux accrochages temporaires (500 m2). 1'700 m2 sont dédiés aux collections permanentes. Certaines salles sont hautes avec éclairage zénithal ou puits de lumière, d’autres bénéficient d’un éclairage plus intime pour abriter des œuvres fragiles comme les « Brous de noix » sur papier, où flotte le souvenir des statues-menhirs du musée Fenaille, les estampes, les peintures sur toiles, l’œuvre imprimé (eaux-fortes, lithographies, sérigraphies...).
 
Les premières peintures de Soulages dénotent l’influence de Van Gogh, Mondrian...  « Sa peinture n’est pas gestuelle. Il ne comprend pas la calligraphie, c’est une peinture « raisonnable ». Le contraire absolu de Pierre Soulages est Jackson Pollock », commente Benoît Decron, directeur du musée. « Charles Laugthton, Orson Welles, entre autres, furent des collectionneurs assidus d’œuvres de Soulages. Le musée possède même une pochette d’un disque de jazz qu’il a dessinée. Nous recherchons le disque...».

La salle des « Outrenoirs »

En 1977, poursuit Benoît Decron, Pierre Soulages s'interroge sur sa peinture de plus en plus gagnée par la couleur noire. Un jour, alors qu’il avait enduit sa toile de peinture noire, l'artiste quitte son atelier. Le lendemain matin en allumant la lumière, il se rend compte de l'effet de celle-ci sur la surface de la peinture et voit sa toile sous un « noir-lumière » qui deviendra l'Outrenoir, une lumière réfléchie par les états de surface du noir.
 
Outrenoir, au-delà du noir une lumière reflétée, transmutée par le noir...
L'exposition exceptionnelle présente jusqu’au 5 octobre 2014, une trentaine de toiles de grande dimension prêtées par des musées et des fondations importantes en Europe (Allemagne, Suisse, Espagne, France, Norvège, Autriche ...). Sur ces toiles composées de plusieurs châssis assemblés verticalement ou horizontalement, la matière luisante ou mate est passée à l'outil : pinceau, lame, peigne. Elle devient reflet de la lumière. L’ensemble est magnifique...

Cartons préparatoires aux vitraux de Conques

Le musée Soulages à Rodez, pôle d’actualité des arts en mouvement
Une salle haute et claire – on se croirait dans un chœur d’église –  présente les cartons des vitraux réalisés par Soulages pour l’abbaye de Conques. Translucides, mais non transparents, ils sont nés d’un verre incolore élaboré par l’artiste. 800 échantillons de compositions différentes témoignent des longues recherches de l’artiste pour élaborer ces vitraux. Le verre lisse est destiné à renvoyer les lumières du jour à l’extérieur de l’abbaye lorsqu’il y a du soleil.
 
En étroite collaboration avec le maître-verrier Jean-Dominique Fleury, Pierre Soulages amorce la réalisation des cartons préparatoires des vitraux en 1990. Il œuvre d’abord dans son atelier parisien, puis à Toulouse et Sète. Disposant les cartons dos au mur, Pierre Soulages et le maître-verrier dessinent les tracés de l’armature des vitraux à l’aide de ruban adhésif noir, de largeurs différentes,  pour reproduire en proportions réelles les deux éléments servant au maintien du verre. Lignes fluides afin de ne pas répéter les verticales et horizontales déjà présentes dans l’architecture de l’abbatiale...

Pierre Soulages dialogue avec le papier, expérimente les substances, la matière, les supports, recherche la lumière... « Lorsque l'on m'a demandé les vitraux de Conques, ma recherche allait être celle d'une lumière que ce lieu demandait ou inspirait ».

Pour le Maître, créer c'est faire naître et vibrer la lumière grâce aux propriétés des matériaux. Parlant de ses dessins d'enfant, il dira que « dès cette époque, ce n'est pas le noir qui comptait pour moi, mais le blanc et plus précisément la lumière ».

 
www.musee-soulages.grand-rodez.com
Exposition temporaire « Outrenoir en Europe, musées et fondations »

Du 31 mai au 5 octobre 2014
 
www.tourisme-midi-pyrenees.com
www.tourisme-aveyron.com
www.rendezvousenfrance.com
www.tourisme.myrodez.fr
 
Texte et photos sans mention © Françoyse Krier
 

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