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Millau à fleur de peaux…

Aux portes de la Méditerranée et au pied du célèbre Viaduc, Millau s'est vu attribuer trois « fleurs » au concours des villes et villages fleuris. Dans le vieux bourg, des plaques portent les anciens noms de rues écrites en rouergat. Au Xe siècle, Millau est le centre du gant d'agneau. Au XXe siècle, près de 12 000 personnes sur les 18 000 habitants, vivent de l'industrie des cuirs et peaux. Depuis 2000, la
« capitale de la ganterie » est également labellisée Ville et Métiers d’art.


Manufacture Causse © FK
Manufacture Causse © FK
De nos années d’école, nous gardons en mémoire la renommée des mouchoirs de Chollet, de la dentelle du Puy, des gants de Millau… Au Boulevard des Gantières, le bien nommé, la manufacture Causse en impose : bâtiment de bois, de cuivre et de verre, façade majestueuse, le tout revisité par Jean-Michel Wilmotte. A l’extérieur, vestige des années d’antan, la chaudière de l'ancienne ganterie…
 
Symbole d’un métier devenu rare, la maison Causse est la dernière « usine » à fabriquer des gants à Millau. Ici, s’effectue un véritable travail artisanal fait de savoirs spécifiques et de tours de main. Fondée en 1892 par Paul Causse, cette manufacture est la digne héritière des grands noms qui ont fait l'histoire du gant de Millau. En 1995, Olivier Causse, appartenant à la quatrième génération de gantiers, rejoint l’entreprise familiale où il occupe le poste de directeur de production.
 

Les gants les plus prestigieux du monde

Des gants de stars © FK
Des gants de stars © FK
En 1999, Nadine Carel et Manuel Rubio, plasticienne et designer graphique, s’installent à Millau, décidés à redonner un coup de jeune à cet art de la ganterie.  Leur première collection sera le début d’un succès qui ne se démentira pas. En 2001, le prix de l’Association Nationale pour le Développement des Arts de la Mode, récompensant le travail de la jeune création internationale, leur fut attribué. De grandes marques feront appel à leur talent pour la création de leurs modèles de gants : la maison Chanel, Louis Vuitton, Hermès, Céline... En 2003, ils s'associent avec Jean-Louis Costes* et relancent la marque « Causse Gantier ». Actuellement, la manufacture Causse emploie 30 artisans qui réalisent 25'000 paires de gants chaque année dans ses ateliers.

Dès l’entrée, le visiteur est séduit. Galerie de verre qui laisse passer la lumière, presse à balancier, tonneau à teinture pour les peaux, alignement de machines à coudre qui témoignent de l’épopée de la mégisserie et ganterie à Millau. Sur de grandes tables allongées, sont exposées les nouvelles collections. Aux murs, exposition de gants rares, dédicaces de personnalités et stars internationales pour lesquelles des modèles ont été spécialement créés : Sharon Stone, Kylie Minogue, Madonna, Christina Aguilera... Les visiteurs peuvent admirer, exposés sous verre, de longs gants noirs garnis de plumes, des mitaines blanches aux broderies de pierres de cristal et de perles signées Lesage. Celles de Karl Lagerfeld, cloutées, matelassés, ornées de chaines et de rivets, figurent en bonne place.


Fabrication dans les règles de l’art

« Installés au bord des rivières, les mégissiers connaissent depuis des siècles les secrets d’une matière façonnée pour que le gant fasse peau sur la main. Laver la peau, la tanner, la teindre, sont des opérations qui requièrent une maitrise totale de cette technique, un savoir-faire transmis de génération en génération. Les tanneurs de Millau nous permettent d’obtenir la matière première. Sur ces peaux réputées pour leur qualité, commence alors la longue et minutieuse confection d’un gant. qui nécessite quatre-vingt opérations, entre le dépeçage et la finition. Pour obtenir un confort maximum, les peaux doivent être extrêmement fines avec beaucoup d’élasticité. Il faut compter au minimum 2 heures de travail pour fabriquer une simple paire de gants cousue à la machine et 4 heures pour une paire de gants cousue à la main, davantage pour certains modèles avec broderies et ornements», explique Manuel Rubio.

Maître gantier, petites mains, couturières

Après le choix et examen de la peau, en fonction du modèle à réaliser, celle-ci sera étirée à la main et découpée. Chacun devant leur table, les artisans travaillent de la même façon qu'il y a plusieurs siècles, avec des outils modestes mais précieux. Règle en buis, couteau sans tranchant, pour le coupeur qui découpe la forme du gant avec des emporte pièces. Pour la couturière, fuseaux et machines à coudre anciennes, ce qui permet d'obtenir des coutures très minces à l'intérieur du gant et éviter ainsi toute gêne à la personne qui les portera. Toutes les pièces constituant le gant sont numérotées et marquées de leur taille avant d'être fendues : la main, les doigts, les pouces et les fourchettes (entre-doigts).
Un travail minutieux © FK
Un travail minutieux © FK

Luxe, qualité, savoir-faire

Un gant haut de gamme exige beaucoup de minutie et le travail de préparation est important. Les  décorations sont effectuées avant l’assemblage du gant : broderies, perforations à la main ou à la machine, confection de nœuds, pampilles, fourrures… On pose ensuite les doublures - soie, cachemire - à la main. Une fois terminés, les gants vont être formés et repassés sur des « mains chaudes» en fer, dont il existe un exemplaire par taille. Dans la ganterie, les tailles s’expriment depuis toujours en pouce  et demi-pouce. La mesure du gant qui va du 6 au 11 par demi-taille se prend sur le tour de la main en fermant le poing, sans prendre le pouce.
 
« Aujourd’hui, les gants sont les bijoux de la main », conclut Manuel Rubio à la veille d’un voyage en Chine pour une exposition de ses produits. « Le domaine du luxe est en forte progression. Le haut de gamme, le travail du cuir, la capacité de nous renouveler sans cesse nous permet de maintenir ce savoir faire rare et prestigieux. » Causse Gantier a obtenu en 2006 le label « Entreprise du patrimoine vivant » décerné par l'Etat français aux entreprises détentrices d'un savoir-faire rare et ancestral. Ses collections sont présentes à Londres, New York, Moscou, Tokyo, et à Paris dans une élégante boutique située sous les arcades de la rue de Castiglione.

Musée de Millau

Les industries de la mégisserie et de la ganterie, en activité à Millau depuis le Moyen Age, rythment depuis des siècles la vie économique de la cité millavoise. Installé dans un Hôtel datant du XVIIIe siècle, le musée de Millau labellisé « Musée de France », expose toutes les étapes de la chaîne de transformation des peaux brutes en peaux fines et souples. Les multiples aspects fonctionnels ou symboliques du gant sont rassemblés dans des vitrines. Plusieurs salles du musée présentent, outre des outils de mégisserie, des centaines de modèles de gants d’hier et d’aujourd’hui, réalisés à Millau pour les plus grands couturiers.

www.museedemillau.fr

*Aveyronnais originaire de Laguiole, « monté » à Paris avec son frère Gilbert. Ils y ont ouvert une quarantaine de lieux incontournables : grands cafés, hôtel….

www.causse-gantier.fr

© Texte Françoyse Krier

www.tourisme-midi-pyrenees.com
www.tourisme-aveyron.com




 

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