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Rovinj : la Venise croate

Perchée sur un éperon rocheux, île avant d’être rattachée au continent, Rovinj a le charme des lieux qui ont su s’inspirer de toutes les influences sans pour autant y perdre leur âme.


Située à la croisée des chemins, Rovinj a été successivement dominée par les Romains, les Huns, les Ostrogoths et les Byzantins. Au 13e siècle, se sentant menacée par les pirates de l’Adriatique, la ville croate se place sous la protection et l’autorité de Venise, sa puissante voisine située à quelques heures de mer. Plus tard, au 16e siècle, Rovinj comble le bras de mer qui la sépare du continent pour faire face à la surpopulation qui a suivi l’arrivée massive des Dalmates fuyant les Turcs. S’ouvre alors pour la ville une période particulièrement prospère grâce, notamment, à l’exploitation des carrières de la région. Elle devient alors le premier fournisseur de pierres de construction de Venise, avant de décliner au 18e siècle lorsque la couronne d’Autriche fait de Trieste et de Rijeka des ports francs et de Pula une base navale militaire.
 


Rovinj aujourd’hui

Ses jolies maisons colorées qui se pressent les unes contre les autres, son petit port de pêche, ses ruelles escarpées, ses boutiques d’artisanat et la magnifique vue qui s’ouvre depuis son sommet font de Rovinj l’un des lieux les plus visités de Croatie.

La ville, toujours présentée sous son jour le plus radieux dans les brochures touristiques, se situe au cœur d’une des régions les plus ensoleillées d’Europe. Mais lorsque les conditions atmosphériques sont moins favorables, le lieu se découvre alors sous un jour différent, romantique et tourmenté, loin des grands flots touristiques.
 

Se perdre à Rovinj

Rovinj : la Venise croate
Il ne faut pas hésiter à quitter la rue principale pour se perdre dans les venelles pavées de la vieille ville aux immeubles parfois vétustes mais qui portent encore avec fierté les symboles de leur lointain passé.

Point de passage obligé: l’arche de Balbi, de style baroque, construite en 1680, l’une des sept portes de la ville ornée d’une tête de turc et du lion ailé de Venise, en souvenir des occupants de la ville. Elle ouvre sur la rue Grisia qui mène au sommet de la ville. De là, un panorama époustouflant s’offre sur la mer parsemée d’îles, inhabitées et sauvages pour la plupart.

Sur la vaste esplanade qui accueille le visiteur se dresse la cathédrale-basilique Sainte-Euphémie. Construite au 8e siècle sur les ruines d’une église romane, elle a été remaniée au milieu du 18e siècle dans le style baroque.

Elle est dédiée à Sainte-Euphémie, torturée et jetée aux lions sous Dioclétien, dont les reliques envoyées à Constantinople auraient, d’après la légende, traversé la Méditerranée dans un sarcophage de marbre avant de venir s’échouer à Rovinj autour de l’an 800.

Le tombeau se trouve aujourd’hui à l’intérieur de la cathédrale qui comprend également un autel en marbre, une statue représentant Saint-Georges et le dragon, et des tableaux de Giovanni Contarini.


Rovinj : la Venise croate
Jouxtant la cathédrale, le campanile haut de 63 mètres et qui a nécessité plus de 25 ans de travaux, a été construit sur le modèle de celui de la Place Saint-Marc à Venise. Il est coiffé, à son sommet, d’une statue de Sainte-Euphémie qui tient une palme et une roue, symboles de son martyre, et qui fait aussi office de girouette.
 

Port de pêche

La pluie a cessé, laissant place à un crépuscule flamboyant. Nos pas nous ramènent au port. Au loin un pêcheur s’anime autour de son embarcation, rappelant la vocation première de Rovijn, même si aujourd’hui les bateaux de plaisance remplacent progressivement ceux dédiés à la pêche.
 
Rovinj : la Venise croate

Que voir aux alentours de Rovijn ?

Porec: autre ville côtière située à une trentaine de kilomètres au Nord de Rovijn qui est également le troisième port de la côte istrienne fondée par les Romains. Ile devenue presque île au 18ème siècle, à l’instar de Rovjn, Porec a conservé son plan d’urbanisme en damier issu de l’antiquité ainsi que des temples romains, des maisons romanes, des palais Renaissance et baroques.

La ville est également connue pour sa basilique Euphrasienne issue de la période byzantine (6e siècle) qui a suivi la chute de l’Empire romain d’Occident. Classée au patrimoine mondial de l’Unesco, elle possède notamment d’extraordinaires mosaïques réalisées sur fond d’or qui représentent diverses scènes et personnages religieux.

Pula: à 35 kilomètres de Rovijn mais au sud cette fois, Pula est connue pour abriter l’un des plus grands amphithéâtres du monde, par ailleurs extrêmement bien conservé. Construit au 1er siècle après J.-C. sous le règne de l’empereur Vespasien, il a servi aux spectacles de luttes de gladiateurs jusqu’au 5e siècle et pouvait accueillir jusqu’à 23'000 spectateurs. Concerts, événements sportifs et culturels y sont aujourd’hui organisés.

Outre l’amphithéâtre, la ville abrite un Temple d’Auguste, bien conservé, un petit théâtre antique ainsi que la mosaïque d’une maison romaine. La ville mérite aussi le détour pour la belle vue sur le port et l’amphithéâtre offerte depuis la colline située au centre de la ville qui abrite les ruines d’un château vénitien.

Dans un autre registre, les agréables terrasses de café méritent aussi que l’on s’y arrête. A ne pas manquer, devant le café Uliks (« Ulysse » en Croate), la statue de James Joyce qui rappelle qu’en 1904, le célèbre écrivain, alors âgé de 22 ans, fut professeur d’anglais à Pula.

Rovinj : la Venise croate
A faire : une balade en bateau de Porec à Pula, avec ou sans escale, permet de découvrir un littoral riche en curiosités. Micro-îles, petites criques qui prennent pour arrière-fond de vastes étendues boisées et quelques villages, dont Funtana, érigé sur une source qui servait jadis aux navigateurs de point de ravitaillement.

Vsar, port de pêche et charmant village médiéval connu pour son festival annuel dédié à l’amour et à l’érotisme, suite au passage présumé de Casanova dans la petite cité au 18e siècle, possède un intéressant parc qui abrite les sculptures du célèbre artiste croate Dušan Džamonja.

Plus loin, le spectaculaire canal Limski, long d’une dizaine de kilomètres, issu de l’effondrement de la côte istrienne lors de la dernière glaciation, n’usurpe pas son nom de « fjord » avec ses parois abruptes pouvant atteindre 100 mètres de haut. Ces lieux tourmentés n’ont pas manqué d’inspirer de nombreuses légendes, dont celle du moine ermite Romuald qui, au 11ème siècle, aurait vécu et officié dans une grotte de la rive du fjord et des repères de pirates que ces replis rocheux auraient abrité.

Texte et photos © Christine Ansermet
 

Istrie | Dalmatie





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