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Saga Steinway, "Rolls Royce" des pianos : visite des ateliers de fabrication à Hambourg

Depuis1853, les pianos Steinway & Sons jouissent d’un grand renom auprès des musiciens professionnels et d’un public averti. Visite dans les ateliers de Hambourg où le savoir-faire et le talent de chacun ont toujours la priorité pour créer ces pianos inimitables.


Réputation musicale unique au monde

H. E. Steinweg © Steinway ans Sons
H. E. Steinweg © Steinway ans Sons

Quand Heinrich Engelhardt Steinweg, né en 1797 à Wolfshagen en Allemagne, fabrique son premier piano, en secret dans sa cuisine, se doutait-il qu’au XXIe siècle, malgré le progrès des techniques, un peu plus d'un demi-million de pianos sortiraient des ateliers Steinway & Sons de Hambourg ?

Le premier instrument réalisé par Heinrich Steinweg fut une cithare. En 1818, ce mélomane commence à travailler dans un atelier de facteur d'orgues à Seesen, apprend à jouer de l'orgue et devient organiste. En 1836, il construit son premier piano dans sa cuisine, fruit d’une passion et d’un savoir-faire artisanal qui deviendront la marque de fabrique de la société. La fabrication d’une seule pièce de chevalet de la table d’harmonie – perfectionnement technique inventé par le constructeur - est toujours utilisée aujourd’hui.

Il existe actuellement 3 copies de ce « Piano de cuisine » de 212 m de long, dimensions dignes d’un piano de concert de l’époque. Le piano original est la propriété de la filiale Steinway de New York.


Chefs-d’œuvre de musicalité

Heinrich Steinweg voulait fabriquer le meilleur piano possible. Il en construit plusieurs avant d’émigrer, avec ses trois fils, aux Etats-Unis où il fonde, en mars 1853, sa propre entreprise. Celle-ci portera son nom américanisé : Steinway & Sons. Après son décès, William, un de ses fils, organise deux grandes tournées, en 1872 et 1891, avec des pianistes renommés. Suite au succès remporté, l’entreprise ouvre, en 1875, sa première salle d’exposition européenne à Londres. Steinway & Sons se fait rapidement un nom en Europe. En 1880, l’usine européenne de pianos s’établit à Hambourg où elle continue à répondre aux commandes du monde entier, hormis à celles du continent américain fourni par l’usine new-yorkaise, Les deux fabriques Steinway produisent alors plus de 2'800 pianos par an. Un piano Steinway & Sons est toujours à 80 % un produit fait main.

Dès 1860, les pianos Steinway & Sons subissent de grandes innovations : cadre en fonte d'une seule pièce, ce qui assure une plus grande solidité et un accord qui tient plus longtemps ; croisement des cordes pour une meilleure répartition des tensions et la possibilité d'utiliser des marteaux plus épais. Un pianiste qui, à l’instar de Franz Liszt cassait parfois trois à quatre pianos par mois, pouvait dès lors jouer avec plus de vigueur.


Au diapason dans la quête de la perfection

La galerie des dédicaces © FK
La galerie des dédicaces © FK

A l’entrée de la fabrique Steinway & Sons dans la banlieue de Hambourg, des reproductions de peintures rappellent que Wagner, Rachmaninov, Gershwin, Ignacy Jan Paderewski et bien d’autres ont choisi de jouer sur un piano Steinway & Sons.

Cette marque de prestige fabrique 7 modèles de pianos à queue et 2 modèles de pianos droits. Chaque piano est conçu pour résister aux assauts du temps et durant toutes les étapes de fabrication, chaque piano continue à être réalisé à la main.

Pratiquement tous les éléments sont réalisés sur place. Il faut trois ans pour fabriquer un piano de concert. 7’000 pièces sont nécessaires à l’élaboration du mécanisme d’un piano Steinway & Sons, 12’000 pour un piano de concert. Un contrôle d’humidité – 50 % - est effectué dans toutes les salles. La plupart des artisans, musiciens ou en tout cas mélomanes, travaillent chez Steinway & Sons depuis plusieurs générations !

Dans la cour de la fabrique, des bois massifs de toute première qualité rigoureusement sélectionnés, sèchent et vieillissent pendant deux ans. Certains à l’abri, certains à l’air : peuplier, hêtre, acajou, érable pin… Plus les matériaux sont de qualité, plus la sonorité est belle… Steinway sélectionne les matériaux les plus précieux et les utilise tout en respectant scrupuleusement l’environnement. Ainsi 20% du bois destiné aux tables d’harmonie est utilisé pour les pianos et 60% des chutes pour le chauffage de la fabrique.


Fabrication et souci minutieux du détail

En construction dans les ateliers © FK
En construction dans les ateliers © FK

La ceinture

Faite d’une seule pièce, la ceinture est composée de couches de bois d’érable d’Amérique du Nord – jusqu’à 20 couches ! Fondement de la stabilité et de la qualité de chaque piano à queue, c’est une des plus grandes innovations techniques qu’ait connu le piano. Les ceintures extérieures et intérieures sont pressées l’une contre l’autre au cours d’une seule opération. Cette invention fut brevetée en 1878 par Steinway & Sons. Des ouvriers musclés transportent la pièce vers le moule qui lui donnera sa forme, et que la ceinture quittera pour sécher pendant six mois dans une pièce chaude afin de stabiliser le bois. Toutes les chevilles sont en bois afin que le son ne soit pas coupé par l’intrusion d’un élément métallique.

La table d’harmonie

Steinway & Sons est la seule maison européenne qui élabore ses propres tables d’harmonie dont la conception tient compte de tous les éléments essentiels de l’acoustique. Elles sont sculptées par un artisan, de manière plus fine d’un côté que de l’autre. Cette variation d’épaisseur permet une meilleure diffusion du son.

La table d’harmonie est l’âme du piano à queue ou droit et la sélection de l’essence de bois est primordiale : l’épicéa de Sitka, aux veines régulières, qui supportera le poids des cordes et leur permettra une longueur de note maximale. Le son qui en jaillit est d’une incomparable richesse.

Les chevalets

Ils sont fabriqués à partir de bois dur lamellé à fibres horizontales et recouverts d’érable massif. Les encoches sont réalisées à la main, ce qui garantit le positionnement précis et individuel des cordes. Cette conception assure une excellente transmission des vibrations sonores des cordes jusqu’à la table d’harmonie.

Le cadre en fonte

Les cordes créant une grande tension pouvant avoisiner les 20 tonnes, la fonction du cadre est de contenir cette force et de procurer au piano solidité et stabilité. Composant indissociable de la construction d’un pianos, il doit réduire les vibrations, sublimer au maximum le son de l’instrument.

Cordes, marteaux et clavier

Les cordes sont fabriquées à la main afin de leur donner l’épaisseur souhaitée. Un artisan tire un à un les fils de cuivre et les met en place. Puis les marteaux et le clavier sont posés. La fabrique de Hambourg possède une chambre capitonnée dans laquelle les pianos sont mis à l’épreuve dans une machine de rodage. Chaque touche est jouée 10'000 fois !


Et pour finir....

Finition au pinceau © FK
Finition au pinceau © FK

Le laquage

Pour finir en beauté, le corps du piano est alors enduit de laque qui va sécher pendant trois semaines avant d’être poli. Deux couches sont nécessaires. Là encore, respect de l’environnement : le trop-plein de peinture noire séchée est recueilli par l’usine qui la fournit. Dernière touche artistique : un artisan fait ressortir au pinceau les lettres dorées du sigle.

Modèles spéciaux et uniques

Chaque piano faisant partie des Crown Jewels de Steinway est une œuvre d’art conçue artisanalement selon les désirs de son propriétaire avec le bois précieux de son choix : bois d’ébène de macassar, pommier indien, bouleau blanc, palissandre, loupe de noyer, acajou pommelé…

Collection Art Cases : le satin rose, inspiré du style Louis XV, avec motifs floraux, panneaux de marqueterie ou tout autre décor, selon demande.

Collection Limited Edition : le William E. Steinway, fils de Henry, reproduction du piano à queue datant de l’époque victorienne, présenté pour la première fois en 1876. D’autres modèles de cette gamme ont été commandés par des personnalités du monde de la musique, de la mode, de l’architecture et de l’automobile.

Un exemple de Collection Legendary : L’Alma-Tadema : dessiné par le peintre d’origine hollandaise Sir Lawrence Alma-Tadema et construit entre 1884 et 1887 dans l’usine de New York. L’original fut adjugé pour 1,2 millions de dollars lors d’une vente aux enchères chez Christie’s en 1997.


Steinway & Sons, accord majeur avec les musiciens

Dans les couloirs des bureaux sont exposées les nombreuses photos dédicacées par les pianistes de renom venus du monde entier assister à la fabrication de leurs pianos préférés. Et peut-être les choisir : Alexis Weissenberg, Arthur Rubinstein, Vladimir Horowitz, Alfred Brendel, Martha Argerich, Christian Zacharias, Alfred Brendel, Lang Lang…

Un piano Steinway & Sons passe souvent de génération en génération et devient un membre à part entière de la famille. Il prend de la valeur avec les années. Steinway & Sons s’est vu remettre de nombreux prix et distinctions et a fait breveter plus de 125 inventions. En 1903, le 100.000e piano Steinway est offert comme cadeau à la Maison Blanche. Il a été remplacé, en 1938, par le 300.000e. Des pièces uniques atteignent les sommets dans les enchères du monde entier et plus de 1’600 grands concertistes actuels ont choisi cette marque prestigieuse. Ultime consécration : une "Steinway Street" existe désormais à New York, dans le Queens.


Plusieurs concerts sont organisés au Steinway Hall Suisse romande à Lausanne (sur invitation), dans le but de promouvoir de jeunes pianistes talentueux. Inauguré en octobre 1999, le Steinway Hall Suisse romande est géré par le très actif directeur Eric Steiner et fait partie des 10 Steinway Hall du monde.



Pour davantage d'informations: http://eu.steinway.com/fr/

Texte © Françoyse Krier

 

J.Baumat accorde un piano Steinway & Sons © FK
J.Baumat accorde un piano Steinway & Sons © FK

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